Contemporaine de George Sand et de Louise Michel, elle a de l’une le génie littéraire, et de l’autre la flamme ardente de celle qui défend ses idéaux d’égalité et de justice sociale sans jamais faillir.

Léodile Béra voit le jour dans le Poitou à Lusignan pays de la fée Mélusine en 1824, dans une famille de petits notables provinciaux dont un aïeul révolutionnaire fut membre du Club des Jacobins. Quelques années plus tard, parents enfants et domestiques partent s’installer à Champagné-Saint-Hilaire sur le domaine familial de la Carlière où son père devient Juge de Paix.

 

Son éducation est faite par son grand-père, brillant orateur et avocat de formation. Son père vient rajouter à son enseignement, une langue vivante l’anglais. Elle ne connaîtra pas l’instruction scolaire qui s’installe dans les écoles pour les filles en 1836. Cela l’amènera plus tard à batailler pour l’éducation complète de tous les enfants sans distinction de sexe, elle soutient que la psychologie infantile doit l’emporter sur la répression de l’élève.

 

C’est une fois mariée qu’elle quitte son village pour suivre en exil son époux Pierre Champseix notoire républicain mis à mal par le nouvel empire. Elle vit maintenant en Suisse et donne naissance à 2 jumeaux André et Léo. Le couple revient en France pour s’installer à Paris. C’est là qu’elle va devenir femme de lettres sous le pseudonyme d’André Léo chipé à ces 2 fils.  Après son veuvage, elle va se lancer dans de nombreux écrits et essais qui révèlent la situation de la femme dans la société masculine de l’époque, elle s’attache aussi à la place du monde ouvrier et rural face à la société bourgeoise qui s’enrichit avec les colonies et les avancées  industrielles. Son enthousiasme à prendre les problèmes sociétaux à bras le corps et de rencontrer les gens sur les lieux de travail s’exprime dans le journalisme. Elle écrit des chroniques sur la vie des femmes dans les industries textile notamment, les différences salariales entre les 2 sexes, et en qualité de militante politique, le droit d’associations des travailleurs pour tous.

 

Émile Zola va rendre lui rendre un hommage éclatant dans un article paru dans l’Évènement en 1866. A la lecture d’un roman d’André Léo qui s’appelle Un divorce il écrit ceci : « Je prie le public de ne pas se méprendre, l’œuvre de Mme Champseix est une véritable œuvre littéraire. C’est le second ou troisième roman de quelque valeur qui me passe entre les mains, depuis que j’exerce mes fonctions de grand juge ».

 

Elle se consacre peu de temps avant les affres de la Commune à la création d’une école primaire démocratique de filles, considérant bien avant la Loi de 1905 que l’éducation doit être laïque. Ce projet ne peut aboutir en raison des évènements politiques. Elle prend part aux insurrections de la Commune en 1871, et déplore dans le journal du même nom  « la solitude de Paris ». Elle écrit le malaise qui fait de la capitale, une cité fermée qui défend une idée sociale, mais que la province ne semble pas comprendre tant elle déteste le milieu parisien. Le Paris intelligent se heurte à un monde de travailleurs fermé aux grandes élocutions, elle va cependant lancer à leur encontre un célèbre Appel aux travailleurs  des campagnes : …« Ce que Paris veut en fin de compte, c’est la terre aux paysans, l’outil à l’ouvrier, le travail pour tous » .

 

Ceci reflète une partie de la vie d’une femme combative qui tout au long de son parcours va défendre l’éducation, la femme et l’égalité des droits.

 

Elle s’éteint au printemps 1900 en laissant derrière elle une œuvre littéraire considérable dont : Un divorceUne vieille fille,  Un mariage scandaleux, L’Épousée du bandit,  Légendes corréziennes, Marie la Lorraine,  L’Enfant des Rudère,  La Femme et les Mœurs  et bien d’autres encore. Dans son testament, elle demande à la Ville de Paris à laquelle elle laisse quelques obligations, d’acheter un terrain communal à la première commune qui voudra essayer le système collectiviste. Ce terrain de petite contenance sera travaillé en commun avec un partage des fruits. Elle fait préciser que les gens les plus pauvres s’en occuperont sous la surveillance de la municipalité pour éviter tout désagrément.

 

Roman « Un mariage scandaleux » d’André Léo : Extrait

 

…« C’est dans une des parties les plus fertiles de la France, en Poitou, que s’étendent ainsi de vastes terrains incultes, pleins d’une beauté poétique toute particulière, mais attristants au point de vue du bien-être des populations.

 

Une américaine grise et bleue, attelée d’un fin cheval bai, roulait malaisément à travers la plaine. Le chemin était large et gazonné, mais sillonné d’ornières profondes où les roues s’enfonçaient à faire crier l’essieu. En vain le conducteur s’efforçait d’éviter ces ornières, il n’y échappait que pour subir des cabots épouvantables, causés par des touffes de brandes ou par des racines qui bosselaient le chemin.

 

Ce conducteur était un jeune homme de vingt-huit à trente ans, de belle figure et de mise élégante, à la physionomie empreinte de cette sérénité superbe que possèdent les gens satisfaits d’eux-mêmes et du sort.

 

Il arrêta un instant pour faire souffler son cheval, qui ruisselait d’impatience plus que de fatigue. Allons, pauvre Gemma ! nous y serons bientôt, dit-il en regardant le mamelon, où de ce point déjà l’on apercevait entre les arbres des maisons et des terrains cultivés.

 

L’air était doux, quoique vif ; l’herbe, grise de rosée. Une pure lumière sans rayons éclairait le paysage ; on était aux derniers jours de mars. »…

 

 

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